Le savoir · atlas en sept planches

Comprendre la médecine traditionnelle chinoise

Natures, saveurs, Mouvements : les repères millénaires qui structurent notre catalogue, présentés à titre culturel, une figure par planche.

Planche première

Un système de lecture du vivant

Figure

Quatre repères, quatre livres

  • Nature Cinq degrés, du froid au chaud
  • Saveurs Cinq directions du souffle
  • Mouvements Bois, Feu, Terre, Métal, Eau
  • Catégorie La famille de la pharmacopée

黄帝内经 Huángdì Nèijīng

Classique interne de l’Empereur Jaune · IIIe au Ier siècle avant notre ère

Le socle théorique : le Yin et le Yang, les souffles, les correspondances saisonnières. Il ne décrit presque aucune plante, mais donne le cadre dans lequel toutes seront classées.

神农本草经 Shénnóng Běncǎo Jīng

Classique de la matière médicale du Laboureur céleste · Ier au IIe siècle

Trois cent soixante-cinq notices, une par jour de l’année, réparties en trois rangs. C’est la première classification systématique de la matière végétale chinoise.

本草纲目 Běncǎo Gāngmù

Li Shizhen · achevé en 1578, imprimé en 1596

Mille huit cent quatre-vingt-douze notices en cinquante-deux livres, fruit de vingt-sept ans de travail. La somme de la pharmacopée, et la référence dont découlent la plupart des classements que porte ce catalogue.

植物名实图考 Zhíwù Míngshí Túkǎo

Wu Qijun · 1848 · domaine public

Un recueil botanique gravé sur bois, remarquable par la précision de ses planches. Ce sont elles, relevées au trait et reprises à l’encre de la maison, qui illustrent les collections du site.

Planche première

Un système de lecture du vivant

La médecine traditionnelle chinoise (MTC) repose sur une observation patiente de la nature, affinée pendant plus de deux millénaires. Là où la pensée moderne isole un principe actif, elle lit chaque plante comme un ensemble de qualités : sa température, son goût, son orientation, sa résonance avec les saisons.

Cette grille de lecture n’est pas une science au sens contemporain : c’est une cosmologie, une manière cohérente d’ordonner le vivant, transmise de génération en génération par les grands traités, du Huangdi Neijing (le Classique interne de l’Empereur Jaune) au Bencao Gangmu de Li Shizhen, somme de la pharmacopée achevée au XVIᵉ siècle. Comprendre ces repères, c’est comprendre la logique du catalogue BotaQi : chaque fiche produit en porte la trace.

Quatre repères suffisent à situer une plante dans ce système : sa nature thermique, ses saveurs, les Mouvements auxquels la tradition la rattache, et la catégorie de la pharmacopée où elle est rangée. Les chapitres qui suivent les prennent un par un ; le dernier montre où les lire sur une fiche.

Qi
Souvent traduit par souffle. La trame dynamique qui, selon la tradition, anime toute chose ; le mot donne son nom à la maison.
Bencao běncǎo
Littéralement racines et herbes. Le nom chinois de la matière médicale, et par extension du genre littéraire qui la recense depuis deux millénaires.
Mentha haplocalyx, planche gravée de Wu Qijun, 1848

Planche deuxième

Le Yin, le Yang et le Qi

Figure

Le faîte suprême et ses huit paires

  • Versant Yin Versant Yang
  • L’ombre La lumière
  • Le nord Le sud
  • Le repos L’élan
  • L’hiver L’été
  • La descente La montée
  • L’intérieur L’extérieur
  • La fraîcheur La chaleur
  • La nuit Le jour

Yin yīn

Le versant d’ombre

Le caractère dessine le versant de la colline à l’ombre. Il désigne ce qui descend, se recueille, se refroidit et conserve. Il ne s’oppose pas au Yang : il le contient en germe, et se transforme en lui.

Yang yáng

Le versant de lumière

Le même relief, mais au soleil. Il désigne ce qui monte, se déploie, réchauffe et met en mouvement. Le point clair au cœur de la moitié sombre dit qu’aucun des deux n’existe pur.

Qi

Le souffle

Ce qui circule entre les deux versants. Le caractère ancien représente la vapeur qui monte du riz que l’on cuit : une matière en mouvement, ni solide ni vide.

Planche deuxième

Le Yin, le Yang et le Qi

Tout, dans la pensée chinoise, se lit à travers le couple du Yin et du Yang : l’ombre et la lumière, le repos et l’élan, la fraîcheur et la chaleur. Ni opposés ni figés, ils se complètent, se transforment l’un dans l’autre et se répondent : la figure du taiji en dessine le mouvement perpétuel.

Entre eux circule le Qi (气), souvent traduit par « souffle » : la trame dynamique qui, selon la tradition, anime toute chose. Les saisons, les heures du jour, les aliments, les plantes : tout est décrit comme plus ou moins Yin, plus ou moins Yang, et par la manière dont son souffle se déploie. C’est ce vocabulaire que vous retrouverez partout sur BotaQi, jusque dans la lecture que propose Nuwa, notre orienteuse.

Le couple ne range pas le monde en deux camps : il situe. Une plante n’est jamais Yin en soi, elle est plus Yin qu’une autre, à un moment donné, sous un certain regard. C’est pourquoi le catalogue ne porte jamais la mention seule : elle n’aurait pas de terme de comparaison. Ce qu’il porte, ce sont les échelles des trois chapitres suivants.

Taiji tàijí
Le faîte suprême : le nom de la figure circulaire où les deux versants s’emboîtent. Elle ne représente pas un équilibre fixe mais une rotation.
Wu Xing wǔ xíng
Les cinq Mouvements, qui prennent le relais du couple pour décrire les passages plutôt que les pôles. Planche cinq.
Panax ginseng, planche gravée de Wu Qijun, 1848

Planche troisième

Les natures thermiques

Figure

L’échelle thermique, touchez une nature

Versant YinVersant Yang

Froide hán

Disperse les chaleurs intenses

Le degré le plus Yin de l’échelle. La tradition la décrit comme dispersant les chaleurs intenses, et l’associe à la descente et au cœur de l’hiver.

Voir les plantes de nature Froide

Fraîche liáng

Rafraîchit en douceur

Un cran en deçà du froid : rafraîchit en douceur, selon la formule traditionnelle. Beaucoup de fleurs et de feuilles portent ce degré.

Voir les plantes de nature Fraîche

Neutre píng

Tempère et harmonise

Le milieu de l’échelle, ni Yin ni Yang marqué. La tradition la répute s’accorder à tous les terrains, et lui confie le rôle d’accompagner les autres.

Voir les plantes de nature Neutre

Tiède wēn

Réchauffe modérément

Premier degré du versant Yang. Réchauffe modérément, dit la tradition, qui l’associe à l’élan et à la montée du printemps.

Voir les plantes de nature Tiède

Chaude

Réchauffe en profondeur

Le degré le plus Yang. Réchauffe en profondeur ; la tradition l’associe aux saisons les plus froides, et n’en range là qu’un petit nombre de plantes.

Voir les plantes de nature Chaude

Planche troisième

Les natures thermiques

En MTC, chaque plante possède une « nature » : une tendance thermique que la tradition lui associe, indépendamment de sa température réelle. On en distingue cinq degrés, de la plus Yin à la plus Yang : froide, fraîche, neutre, tiède et chaude.

Une plante de nature fraîche est traditionnellement associée au versant Yin : la détente, la descente, la fraîcheur ; une plante tiède ou chaude, au versant Yang : l’élan, la montée, la chaleur. La nature neutre, médiane, est réputée s’accorder à tous les terrains. Sur chaque fiche produit, une pastille colorée indique cette nature d’un coup d’œil.

L’échelle ci-dessous est celle du catalogue : cinq degrés, cinq encres, du bleu de la nature froide à la terre brûlée de la nature chaude. Ce sont les mêmes cinq encres sur la carte d’un produit, sur sa fiche et dans les filtres ; elles ne varient jamais d’une page à l’autre.

Nature xìng
La tendance thermique qu’une plante porte dans le classement traditionnel, indépendante de sa température réelle et de celle de l’infusion.
Quatre souffles sì qì
Le nom ancien de l’échelle : froid, frais, tiède, chaud. Le neutre, ajouté plus tard comme milieu, en fait cinq.
Coptis chinensis, planche gravée de Wu Qijun, 1848

Planche quatrième

Les cinq saveurs

Figure

La roue des cinq saveurs

五味

Acide suān

resserre, retient · Bois · Printemps

Ce qui resserre et retient. La prune Wu Mei, fumée et intensément acide, en est l’exemple le plus net du catalogue : le goût et le classement y disent la même chose.

Amer

assèche, fait descendre · Feu · Été

Ce qui assèche et fait descendre. Une saveur que la tradition dose avec parcimonie, et qu’elle associe volontiers à la clarté plus qu’au plaisir.

Doux gān

harmonise, modère · Terre · Intersaisons

Ce qui harmonise et modère. C’est la saveur la plus fréquente de la pharmacopée : la réglisse Gan Cao, dont le nom veut dire herbe douce, entre dans un grand nombre de formules pour cette raison.

Piquant xīn

disperse, met en mouvement · Métal · Automne

Ce qui disperse et met en mouvement. Les écorces et les aromates la portent : l’écorce de mandarine vieillie Chen Pi la partage avec l’amer.

Salé xián

assouplit, conduit en profondeur · Eau · Hiver

Ce qui assouplit et conduit en profondeur. La plus rare des cinq au catalogue, où elle appartient surtout aux matières marines et minérales.

Planche quatrième

Les cinq saveurs

La tradition distingue cinq saveurs fondamentales : piquant, doux, acide, amer et salé. Plus qu’un goût en bouche, chaque saveur décrit dans la pensée chinoise une direction du souffle : le piquant disperse, le doux harmonise, l’acide resserre, l’amer fait descendre, le salé conduit en profondeur.

Chaque saveur est en outre rattachée à l’un des cinq Mouvements, c’est pourquoi vous les verrez souvent côte à côte sur nos fiches. Une même plante porte fréquemment deux ou trois saveurs : c’est leur combinaison qui fait son identité.

Le goût perçu et la saveur classée coïncident souvent, pas toujours : la prune Wu Mei est acide dans les deux sens, la réglisse Gan Cao est douce dans les deux sens, mais ailleurs c’est le classement traditionnel qui l’emporte sur la bouche. Sur une fiche BotaQi, c’est toujours le classement qui est indiqué.

Saveur wèi
Moins un goût qu’une direction attribuée au souffle. Une plante en porte souvent deux ou trois : c’est leur combinaison qui fait son identité.
Fade dàn
Une sixième saveur, tenue par la tradition comme un prolongement du doux. Le catalogue la mentionne quand la source la mentionne.
Schisandra chinensis, planche gravée de Wu Qijun, 1848

Planche cinquième

Les cinq Mouvements

Figure

L’anneau des cinq Mouvements, faites-le tourner

Engendrement · contrôle

Bois

L’essor : ce qui pousse vers le haut et vers l’extérieur. Le Bois nourrit le Feu, et se tempère par le Métal.

Saison Printemps Orientation Est Climat Vent Couleur Vert Saveur Acide

Bois

Feu Huǒ

La plénitude : le point haut, quand tout est déployé. Le Feu produit la Terre, et se tempère par l’Eau.

Saison Été Orientation Sud Climat Chaleur Couleur Rouge Saveur Amère

Feu

Terre

Le centre : ce qui reçoit, transforme et redistribue. La Terre recèle le Métal, et se tempère par le Bois.

Saison Intersaisons Orientation Centre Climat Humidité Couleur Jaune Saveur Douce

Terre

Métal Jīn

Le recueillement : ce qui trie, resserre et met en réserve. Le Métal enrichit l’Eau, et se tempère par le Feu.

Saison Automne Orientation Ouest Climat Sécheresse Couleur Blanc Saveur Piquante

Métal

Eau Shuǐ

La profondeur : ce qui descend, conserve et attend. L’Eau fait croître le Bois, et se tempère par la Terre.

Saison Hiver Orientation Nord Climat Froid Couleur Noir Saveur Salée

Eau

Planche cinquième

Les cinq Mouvements

Le cœur du système est la théorie des Wu Xing (五行), les cinq Mouvements, parfois appelés cinq éléments : Bois, Feu, Terre, Métal et Eau. Moins des substances que des dynamiques : le Bois évoque l’essor du printemps, le Feu la plénitude de l’été, la Terre le centre et les intersaisons, le Métal le recueillement de l’automne, l’Eau la profondeur de l’hiver.

Les Mouvements s’engendrent l’un l’autre en un cycle sans fin (le Bois nourrit le Feu, le Feu produit la Terre, la Terre recèle le Métal, le Métal enrichit l’Eau, l’Eau fait croître le Bois) et se tempèrent par un second cycle, dit de contrôle. Chacun correspond à une « sphère » de correspondances, et les plantes sont traditionnellement rattachées à une ou plusieurs de ces sphères. C’est cette grille qui structure notre classement, et la lecture de votre « saison intérieure » que propose Nuwa. Chaque carte ci-dessous ouvre la sélection du Mouvement correspondant.

À chaque Mouvement la tradition rattache une saison, une orientation, un climat, une couleur et une saveur. Le tableau ci-dessous en donne les cinq colonnes les plus stables : elles suffisent à lire un classement, et c’est le seul usage qu’en fait ce guide.

Engendrement xiāng shēng
Le cercle : le Bois nourrit le Feu, le Feu produit la Terre, la Terre recèle le Métal, le Métal enrichit l’Eau, l’Eau fait croître le Bois. Sans commencement ni fin.
Contrôle xiāng kè
L’étoile qui traverse le cercle : chaque Mouvement en tempère un autre, de façon que le cycle ne s’emballe pas.
Paeonia lactiflora, planche gravée de Wu Qijun, 1848

Planche sixième

Les vingt-quatre souffles

Planche sixième

Les vingt-quatre souffles

Le calendrier chinois traditionnel double le comptage des lunaisons d’un découpage solaire : vingt-quatre segments d’une quinzaine de jours, les jieqi (节气), littéralement les « nœuds de souffle ». Ils suivent la course du soleil, tombent donc chaque année aux mêmes dates à un jour près, et forment depuis les Han le calendrier agricole de la Chine.

Chaque quinzaine porte un nom qui décrit l’état du monde plutôt qu’une date : Réveil des insectes, Rosée blanche, Descente du givre, Grande neige. Quatre d’entre eux ouvrent les saisons, quatre autres marquent les solstices et les équinoxes ; les seize restants nomment les passages. La tradition lit l’année dans cette suite, et lui associe des manières de se vêtir, de cuisiner et de travailler la terre.

BotaQi affiche en tête d’accueil le souffle en cours et la lecture que la tradition en donne. Les vingt-quatre sont réunis ci-dessous, dans l’ordre où ils tombent.

Le calendrier chinois marche donc à deux horloges. La lunaire règle les mois et les fêtes : le Nouvel An, les Lanternes, la mi-automne tombent chaque année à une autre date grégorienne. La solaire, celle des souffles, règle les saisons et les travaux de la terre, et ne bouge que d’un jour d’une année sur l’autre. Les almanachs impriment les deux côte à côte. L’index ci-dessous ne suit que la seconde, une saison par ligne, à partir du Début du printemps.

Jieqi jiéqì
Nœud de souffle : l’un des vingt-quatre segments du calendrier solaire. Le mot nœud dit le passage d’un état à un autre, comme le nœud d’une tige de bambou.
Pentade wǔ tiān
Chaque souffle se divise en trois pentades de cinq jours, chacune décrite par un signe emprunté aux plantes, aux bêtes ou au ciel. Soixante-douze en tout pour l’année.
Acorus calamus, planche gravée de Wu Qijun, 1848

Planche septième

Lire une fiche BotaQi

Figure

Une fiche du catalogue, annotée

Boutons de rose séchés, vue de dessus

Les trois noms

Le nom français, le nom chinois et sa transcription pinyin, puis le nom latin de la matière. La barre de recherche du site comprend les quatre.

La nature thermique

Un des cinq degrés de la planche trois, nommé en toutes lettres et porté par sa pastille colorée. Cliquable : elle ouvre les plantes de même nature.

Les saveurs

Une, deux ou trois, dans l’ordre où les sources les donnent. Ce sont les saveurs classées par la tradition, pas celles que percevra la bouche.

Les Mouvements

Un ou plusieurs, parmi les cinq de la planche cinq. Chacun ouvre la collection du Mouvement correspondant.

La catégorie de la pharmacopée

La famille où les traités rangent la plante. Trente-trois familles couvrent l’ensemble du catalogue, et chacune a sa collection.

Le format et le prix

Le poids net, le prix ramené aux cent grammes et la référence de lot, qui permet de retrouver l’origine du sachet.

La mention de prudence

Elle figure sur chaque fiche : les informations décrivent un usage traditionnel, fourni à titre culturel et informatif, qui ne constitue ni une allégation de santé ni un avis médical.

Planche septième

Lire une fiche BotaQi

Sur chaque produit, ces repères sont réunis en un profil clair : le nom français, le nom chinois et sa transcription pinyin ; la nature thermique ; les saveurs ; les Mouvements ; la catégorie de la pharmacopée à laquelle la tradition rattache la plante.

Les puces de profil sont cliquables : un clic sur « Tiède », « Amer » ou « Terre » ouvre la sélection de toutes les plantes partageant la même qualité, une invitation à explorer le catalogue par affinités, comme on feuillette un herbier. Et si un nom vous revient en pinyin, en anglais ou en latin, la barre de recherche les comprend tous.

La fiche reproduite ici est celle d’un produit réel du catalogue. Sept repères y sont numérotés : les trois noms, la nature, les saveurs, les Mouvements, la catégorie, le format avec son prix, et la mention de prudence qui accompagne chaque page du site.

Li Qi lǐ qì
Régularise le Qi : l’une des trente-trois familles de la pharmacopée, celle où la tradition range les boutons de rose et l’écorce de mandarine vieillie.
Yao yào
La matière de la pharmacopée. Le catalogue BotaQi la vend comme denrée alimentaire, et n’en présente le classement qu’à titre culturel.
Citrus reticulata, planche gravée de Wu Qijun, 1848

Planche : Wu Qijun, 1848 · Domaine public